LA FIN DE VIE : UN DÉPOUILLEMENT VERS SOI
- Romaine Perraudin Kalbermatter
- 5 janv.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 10 janv.

Billet de Catherine Frattini, inspiré par une conférence de Colette Junquera, intervenante pour l'association A.A.M.M.
D'entrée, le ton est donné : à la naissance, nous venons au monde nus et nous repartirons nus. Entre les deux extrêmes, la vie nous présente des projets, des relations et des possessions. Mais étape après étape, elle nous invite à nous dépouiller de ces couches, pour retourner à l'essentiel.
Cette idée me suscite réflexion, car je suis au début de ma retraite. Ai-je déjà franchi tant d'étapes ? Et surtout comment les ai-je vécues ?
Ce dépouillement proposé par la vieillesse, nous pouvons le vivre comme une punition ou comme un chemin, comme une épreuve ou comme une promesse.
1ère étape du dépouillement : l'apparence. Le corps change. Personnellement, le physique avait son importance. Mais depuis la ménopause, je perds en souplesse, en tonus. Mes rides, je dois les aimer ? Pas facile du tout. Heureusement, tout ceci arrive progressivement. En effet, comme le souligne Colette, le fait de ne plus tenter de séduire pour ce que l'on est extérieurement, facilite l'acceptation de ce corps qui a perdu de sa grâce. Si je peux sourire à la vie avec ce que je suis devenue c’est gagné. Je me sens plus libre de ce que je suis réellement plutôt que d’une image stéréotypée.
2ème endroit : les jeux de rôle. Je pense à la perte de ma vie professionnelle. Je suis jeune retraitée. Je m'étais préparée longtemps à l'avance à ce changement. Toutefois, j'ai eu un peu de mal à ne plus me sentir importante. J’ai dû accepter que ma remplaçante ne m'appelle pas pour obtenir quelques renseignements. J'espérais être encore utile à ses yeux.
Mais je suis tellement plus en adéquation avec moi-même maintenant. Oui, c'est vrai La vie nous propose de passer de « faire » (être actif par le travail) à « être ». Alors je déguste ces moments où je peux prendre mon temps tout en offrant ce qui m'a toujours animée : aider les personnes âgées.
3ème endroit de dépouillement : les possessions. Nous allons devoir lâcher tout ce qu'on possède : nos habitudes, nos biens matériels. Il y a un an, j'ai commencé ce long processus en mettant en ordre ma succession matérielle. Je me souviens du rendez-vous chez le notaire. Cela m'a fait un pincement au cœur. Mais j'ai perçu ce que propose ce dépouillement : je me suis sentie allégée de transmettre mon patrimoine à mes enfants et heureuse de pouvoir leur offrir de mon vivant.
Je sais que le pas suivant sera de laisser cette maison dont j’ai la jouissance, lorsqu'elle ne correspondra plus à mes besoins. Mais c'est une autre étape de mon chemin. En attendant, je tente régulièrement de trier mes tiroirs, ma bibliothèque. J'essaie de m'habituer à lâcher cette matière qui nous prend du temps et de l'énergie.
Enfin 4eme dépouillement, avec l'âge, nous perdons des compagnons de route, nous nous éloignons un peu plus de nos amis et parfois même de notre famille. A quel endroit cela peut nous bonifier ? A-t-on de nombreuses relations amicales ?
Ne serait ce pas pour y gagner en rencontres plus profondes, plus essentielles ?
En conclusion, ces pertes sont inévitables et nous devons nous y préparer pour les vivre dans un climat d'acceptation.
C'est une aide pour notre fin de vie que ce processus initiatique nous propose.
Ce n’est pas une punition mais une préparation pour nous désencombrer et nous emmener vers l’essentiel :
Quelle lumière avons-nous laissée ?
Quel amour avons-nous donné ?
Quelles graines avons-nous semées dans notre vie ?
A la fin il ne reste pas rien, il reste ce que nous sommes vraiment.
La vieillesse est pour Colette ce processus initiatique. On a toute cette vie pour apprendre ce passage. Comme la naissance nous apprend à habiter un corps, la vieillesse nous apprend à lâcher prise et à se rendre disponible intérieurement pour cette traversée vers le mystère qui nous attend.
Ce dépouillement n’est pas à considérer comme une perte, mais comme une révélation.
Se présenter nu, dépouillé de tout, mais riche de ce que nous avons accompli.
Tout un programme ! Sacré voyage !





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